Chu boshu 楚帛書 Le manuscript sur soie de Chu

Le Chu boshu 楚帛書 est le plus ancien écrit sur soie retrouvé à ce jour, il est également le plus ancien texte chinois illustré. En septembre 1942, des pilleurs de tombes découvrent à Zidanku 子彈庫 au sud-est de Changsha dans le Hunan une grande quantité d’objets anciens, parmi eux un coffret en bambou contenant un manuscrit. C’est un marchand d’antiquité nommé Tang Jianquan 唐鑒泉 qui en fera tout d’abord l’acquisition avant qu’il entre en possession du collectionneur Cai Jixiang 蔡季襄, qui écrira le premier livre sur le sujet. Ce manuscrit qu’on désigne alors par le terme Chu zengshu 楚缯書, va être vendu par Cai Jixiang à John Hadley Cox, un américain qui l’apportera aux États-Unis. Conservé alors au Metropolitan Museum of Art à New York, il sera soumis à des examens aux infrarouges qui permettront de révéler une partie des caractères difficiles à lire à l’œil nu. Actuellement conservé à la Sackler Gallery de Washington, il a fait l’objet en 1972 d’une publication exhaustive en anglais par Noël Barnard et de nombreuses études ont largement contribué au déchiffrement et à la compréhension de ce texte difficile en raison de l’état défectueux du manuscrit et surtout du style d’écriture particulier au royaume de Chu. La pièce de soie, d’une forme presque carrée (39 cm sur 47 cm), comprend dans chaque coin le dessin d’un arbre de couleur différente. Ces arbres font certainement référence aux quatre piliers du monde mentionnés dans le texte. Sur le pourtour du carré sont disposées, à raison de trois par côté, douze images représentant les divinités des douze mois de l’année. Le texte qui accompagne chaque image donne le nom du mois-divinité concerné ainsi que des pronostics et des prescriptions sur les activités à faire ou à éviter (Texte C), d’où l’appellation Almanach de Chu qui désigne en général le manuscrit dans son ensemble. Deux autres textes sont inscrits tête-bêche à l’intérieur du carré. Le premier, en huit colonnes, est une cosmogonie qui décrit l’aménagement de l’espace et du temps par un couple primordial et sa progéniture (Texte A). Le deuxième, en treize colonnes, traite des désordres naturels définis comme des signes de châtiments célestes et incite les hommes à la vénération des dieux et au respect des règlements saisonniers (Texte B).

début du texte A

曰古有熊伏羲,出自△△(雷澤/顓頊) ,居于脽△(睢山/ 淮水)。

()[1] Jadis Fuxi, du clan[2] de l’ours,[3] sorti du lac du tonnerre[4] / (descendant de Zhuanxu)[5] et s’installa sur la montagne Sui. [6]

厥 (其) △漁漁(有魚=有虞)△△△女(如),夢夢墨墨,亡章弻弻,△每水△,風雨是於。

Sa/son […], c’était l’obscurité et le chaos, vents et pluies menaçaient de toutes parts[7] ….

乃娶□□△子之子,曰女皇(媧)。是生子四

Alors il épousa la fille de …, qui s’appelait Nügua.

Elle donna naissance à quatre enfants. [8]

是襄,而□(踐)是各(格),□(參)□(化)□(唬)

逃(兆),為禹為萬(),以司堵襄(壤)。咎(晷gui)而步。

Ensemble, ils aidèrent à créer le monde, et les étoiles du firmament.

Ils devinrent Yu et Xie et aidèrent à aménager la terre.

乃上下騰运山陵不摇乃命山川四海△熏氣滄氣以為其交,以涉山陵瀧汩淊濑

Alors (?) et ils rendirent les chaines de montagne stable, ils donnèrent un nom aux montagnes, aux rivières et aux quatre mers, et permirent aux souffles yin et yang[9] de circuler dans les vallées.[10]

未有日月四神相代乃步以為歲 , 是惟四時. 長曰青木[11] , 二曰未四嘼(朱四單)

Comme le soleil et la lune n’existaient pas encore, les quatre dieux se succédèrent à la ronde, puis s’arrêtèrent pour former un cycle annuel constituée de quatre saisons. L’aîné se nommait le (?) vert, le second le (?) vermillon

三曰翏黃難四曰墨△檊千又百歲日月夋(允)生

Le troisième se nommait le (?) jaune, le quatrième le (?) noir, après un cycle de mille cent années naquirent le soleil et la lune.

九州不平山另備洫, 四神乃作至于△天

En ce temps là, les montagnes et les plaines des neuf provinces n’étaient formés…


[1] Le premier caractère n’a pas de sens en lui-même, il ne veut pas dire « on raconte » mais il s’agit d’une particule grammatical marquant le début d’un texte, il peut indifféremment être transcrit yuè 粵, yù 聿, yuè 越, yuē 曰.

[2] Du troisième caractère ne subsistent que trois petits traits, aucune certitude quant à son sens, plusieurs hypothèses ont été émises, Barnard l’interprète comme étant Tian 天, Rao Zongyi da 大,  He xin, p. 224 emet l’hypothèse que le caractère manquant soit you 又 donc 有 qui irait avec le caractère suivant.

[3] Li Ling, p. 64 interpréte le caractère comme étant 𦝠

[4] He Xin p. 225, Li Ling n’avance pas d’hypothèse précise mais pense qu’il s’agit d’un nom de lieu.

[5] Voir Rao Zongyi, p. 7

[6] Voir HE Xin, Yuzhou de Qiyuan : Changsha Chu boshu xinkao.

[7] KALINOWSKI, Marc, « Fonctionnalité calendaire dans les cosmogonies anciennes ». p. 100

[8] Le déchiffrement du caractère qui fait suite à « nü » est problématique et plusieurs lectures en ont été proposées sans qu’aucune soit vraiment satisfaisante. Par commodité, j’adopte ici la lecture « Gua » qui, dans les textes transmis, désigne habituellement la compagne de Fu Xi.

[9] Xunqi  熏氣 correspond au souffle yang, chaud. Cangqi 滄氣 correspond au souffle yin, froid.

[10] Le principe de circulation des énergies vitales yin et yang présent dans la médecine chinoise reste le même, qu’il s’applique à macrocosme ou au microcosme. L’être humain et le monde fonctionne selon le même principe et l’essentiel et la bonne circulation de ces énergies.

[11] Le Qingmu 青木 et le Qinggan 青榦 font tous les deux référence à l’arbre vert qui se trouve dans le coin supérieur droit du Chu boshu, il symbolise l’Est et le printemps.


Bibliographie :

BARBARD, Noel, The Chʼu silk manuscript: translation and commentary (Le manuscript sur soie de Chu : commentaire et traduction). Canberra : Deptartement of Far Eastern History, Australian National University, 1973, 312 p.

GAO lifen 高莉芬, « Shensheng de zhixu : Chu boshu jiapian zhong de chuangshi shenhua ji qi yuzhouguan  神聖的秩序─〈楚帛書·甲篇>中的創世神話及其宇宙觀 » (Hiérarchie des divinités : vision de l’univers et mythes de la creation du monde dans le texte 1 du Chu boshu). Zhongguo wenzhe yanjiu jikan 中國文哲研究集刊 vol. 30 Mars 2007, pp. 1-44.

HE Xin 何新, Yuzhou de Qiyuan : Changsha Chu boshu xinkao 宇宙的起源─長沙楚帛書新考 (Origine de L’univers : Nouvelle etude du Chu boshu de Chansha). Beijing : Shishi, 2002 pp. 73-101 et pp. 219-264. PDF

KALINOWSKI, Marc, « Fonctionnalité calendaire dans les cosmogonies anciennes ». Etudes chinoises, Paris : Association française d’études chinoises 2004, vol. 23, pp. 87-122 et pp. 96-98.

LI Ling 李零, Changsha Zidanku Zhanguo Chu boshu yanjiu 長沙子彈庫戰國楚帛研究 (Étude sur le Chu boshu de la période des Royaumes comabttants découvert à Zidanku près de Changsha). Beijing : Zhonghuashuju, 1985, 153 p.

LIU Guozhong 劉國忠, Gudai boshu 古代帛書 (Livres sur soie de l’antiquité). Beijing : Wenwu, 2004, 225 p.

RAO Zongyi 饒宗頤, ZENG Xiantong 曾憲通, Chu boshu 楚帛書. Beijing : Zhonghua shuju, 1985, 386p.

ZENG Xiantong 曾憲通, Guwenzi yu chutu wenxian congkao 古文字與出土文獻叢考. Guangzhou : Zhongshan Daxue, 2005, 4 + 4 + 2 + 4 + 287 p. [PDF – Chu boshu pp. 211-221 (pdf p. 224-234)]

ZHENG Lixun 鄭禮勳, « Chu boshu wenzi yanjiu 楚帛書文字研究 » (études des caractères du Chu boshu). 2007, 279 p. [Mémoire de fin d’étude écrit sous la direction du professeur Huang Jingyin黃靜吟, soutenu à l’Université nationale Zhongzheng 國立中正大學.]

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